« Territoire » ?
Dans le cadre de la restitution de nos travaux, nous souhaitons mettre en lien des « ressources » avec les questionnements qui traversent les lieux que nous avons rencontrés. Ce partage prend la forme d’un extrait mis en affiche qui invite à aller plus loin, selon vos centres d’intérêts !

Extrait de la lettre ouverte rédigée par l’association Rura (ex-Chemins d’avenirs) à l’attention de Michel Barnier (alors Premier Ministre) en novembre 2024.
« Il semble que vous vous intéressiez à la ruralité, Monsieur le Premier ministre. Vous êtes en avance ! Nous ne vous attendions pas avant le salon de l’agriculture fin février. C’est vrai que les agriculteurs grondent déjà… Il va falloir, bien sûr, courir à leur chevet.
Et pour nous, jeunes ruraux ? Rien. Comme d’habitude. Nous représentons pourtant 1/3 de la jeunesse du pays. Situés plus loin des opportunités académiques, culturelles ou économiques, nous avons moins accès aux soins, moins accès aux diplômes, moins accès à l’emploi, moins accès à la culture, moins accès au logement et à la propriété. Au-delà des difficultés, réelles, du monde agricole, des solutions doivent être apportées aux jeunes qui vivent loin des grandes métropoles. Nous sommes convaincus que c’est la clé de la cohésion nationale que vous souhaitez rétablir.
[…]
Au fil des mois, vous semblez tous de plus en plus à l’aise avec ce terme, usant et abusant de l’imaginaire qu’il suscite. Mais êtes-vous conscients qu’il est utilisé pour décrire un coin de France qui n’existe pas ? Les territoires, c’est un partout autant qu’un nulle part. Un lieu flou, indistinct, désincarné. Pratique, surtout, parce qu’il ne désigne personne.
Il nous semblait urgent de vous l’écrire. Monsieur le Premier ministre, les territoires, c’est nous. Nos parents, nos frères, nos sœurs. Les plaines dans lesquelles on grandit, les étangs aux bords desquels on passe nos étés, les montagnes et les littoraux, tous ces jolis coins de France que fantasment ceux qui n’y vont que pour un week-end.
Et tout autant, nos villages où les commerces ferment, nos voitures sans lesquelles on ne peut aller nulle part, nos châteaux d’eau, nos citystades, nos ronds-points, les zones d’activités et les services publics qui s’éloignent.
Le problème avec ce terme répété à l’infini, c’est qu’il vous empêche de nous voir. De voir ceux qui vivent dans ce là-bas qui est notre chez-nous. Il vous conforte dans vos fantasmes. Il ne nous permet pas d’exister dans le logiciel de votre gouvernement.
Les jeunes des territoires restent, dans l’imaginaire collectif, une poignée de fils et de filles d’agriculteurs grandissant dans des coins de France où il ferait bon vivre. Au grand air, proches de la nature, au rythme des saisons. Lointains et, la plupart du temps, silencieux. Ne sommes-nous donc dignes de votre intérêt que lorsque les résultats des élections ne sont pas à votre goût ?
Et pourtant, nous représentons 1/3 de la jeunesse française.
Et pourtant, en ruralité, pas plus de 6 % d’actifs travaillent dans l’agriculture.
Et pourtant chez les jeunes ruraux, le premier parti, c’est l’abstention. Comme partout ailleurs.
Vous comprendrez pourquoi nous sommes fatigués de ne toujours pas être considérés. Pourquoi ça nous révolte que la plupart des politiques publiques pensées pour la ruralité soient liées à la production agricole. Pourquoi nous sommes écœurés d’être pointés du doigt pour notre prétendu vote, et celui de nos parents avant nous, alors qu’aucun parti n’essaie de répondre à nos besoins.
[…]
Comprenez-le : nous ne demandons pas à grandir ailleurs. Mais le lieu dans lequel on est élevé ne devrait pas à ce point conditionner l’accès aux droits et aux opportunités. Jusqu’à preuve du contraire, grandir au grand air n’a jamais remplacé un service public.
Si nous avions votre 07, Monsieur le Premier ministre, on vous dirait tout ça. On vous dirait de venir nous voir. Et même de nous inviter. Pour qu’on vous raconte. Pour débattre avec nous de propositions concrètes. Sans concurrence victimaire et bien conscients de la situation budgétaire du pays. Mais parce que les territoires, ce n’est pas juste un mot, c’est nos vies. Et nos avenirs, aussi. »
À lire en intégralité ici .

à mettre en regard des travaux de Rose Lamy :

