L’avis de l’agent Parc : Roxanne des Grands Causses
Vendredi matin :
Quand j’arrive à Verrières pour retrouver la super équipe de Super Rural, c’est le coffre de la voiture ouvert, des cartons de biscuits et jus de fruits comme provisions dans les bras pour les heures de cogitation et de rencontres intenses à venir.
Des rouleaux d’affiches orange fluo attendent sur la table qu’on aille les coller, des canapés sont installés dans un coin de la salle, sur lesquels on jettera plus tard plaids et coussins pour une ambiance cosy.
Il ne faut pas trainer, le matos est là : plusieurs grosses caisses en plastiques et cantines en fer blanc regorgent de livres érudits pour la bibliothèque éphémère sur le monde en transition, le réveil des campagnes, l’écoféminisme… ; d’objets kitchou accumulés en route pour la déco, tous déclinés dans un camaïeu orangé c’est la couleur de la fashion résidence, et de matériel pour les ateliers : atelier coloriage, atelier badge, atelier goguettes…
Le groupe accueil composé d’élus et d’habitants se relaient auprès de nos invités. La veille au soir c’était Nadine autour d’un repas de bienvenue, ce matin c’est Dominique pour le café et l’ouverture des portes de la future maison Super Rural.
Alors c’est parti, tout le monde trouve une tâche à sa mesure pour se glisser dans la peau de ce collectif éphémère de 3 jours. À coup de morceaux de scotchs et de collage d’affiches, de petites phrases humoristiques, on se rapproche, on s’apprivoise. Je fais bientôt partie de la team composée par Clémence, Emilie et Julien. En tout cas, je me sens intégrée, comme si c’était moi l’étrangère sur mon propre territoire 😉 ! Il y a tout type de frontières dans la vie 😊.
Vendredi midi :
Romain a fini ses cours et nous retrouve pour midi, enfin treize heures le temps passe trop vite, nous sommes entrés dans un espace-temps intersidéral où le flot des heures s’envole dans ce petit village de fond de vallée !
La deuxième partie de l’équipe de Super Rural arrive à son tour : Guillaume et Ludivine, après avoir pris la route d’un autre Verrières, pas dans l’Aveyron, pas dans la bonne direction, je crois qu’ils ont bien rallongé leur trajet, ils ont les joues bien roses, la gorge sèche et le soleil tape !!
Nous sommes sous la halle, la table est dressée en mode auberge espagnole.
Nous faisons la connaissance de La Doude (Philippe) notre futur fournisseur de gilets (pas jaune mais orange) et pantalons de chantier, gai luron incontournable à la coudée franche. Alex, homme touche à tout, vient nous saluer et nous prêtera main forte. C’est qu’il y a un karaoké à installer m’sieurs dames ! Nous partageons une petite pause et chacun repart à ses tâches.
Vendredi après-midi :
Dans la maison Super Rural, le club couture arrive. Ils, non, elles ne savaient pas qu’on était là, un petit loupé, oh ben c’est pas grave, on tire 2 tables on rajoute 6 chaises et voilà que les poarticipantes se mettent à coudre et nous bercent de caquètements joyeux, et de cliquetis, quand même y’a de l’ambiance pour sûr. Et la place est chère parce qu’après avoir rangé leurs machines, c’est les joueurs de cartes qui viennent chercher le frais à leur tour. The place to be ! Pendant ce temps, on continue de préparer et d’organiser la soirée.
Vendredi soir :
Un peu avant 19h, Jé, prononcer Djé nous rejoint. En fait c’est Jérôme et c’est le maire de la commune. Il rentre juste de déplacement. Avec son arrivée c’est open bar sous les halles. Il y a les habitués qui ont ciré le zinc, sortis les amuse-gueules, c’est l’ouverture officielle de la résidence et des rencontres avec les habitants.
Après une courte pause, tout propre et pailletés l’équipe de Super Rural se jette dans la fosse joyeuse et tonitruante de ce vendredi soir, début de week-end, où les habitués se racontent leur semaine et les dernières anecdotes avant le repas panier hebdomadaire. Il y a quelques jeunes couples, de grands grands enfants venus retrouver leur famille, des plus petits qui font des dérapages en vélo, des toutous qui se reniflent, des cercles d’acolytes, des trios, des binômes, quelle ambiance ! Comme une famille qui se retrouve pour des noces, mais il n’y a rien à fêter, juste le retour des belles journées d’été.
Jérôme prend le micro pour expliquer la présence de notre belle équipe, Clémence également, c’est dur de se faire entendre. On aimerait parler d’habitabilité, de ressources, de lien social, d’études et d’analyses, argumenter sur la démarche en cours, à quoi bon ? La sociabilité elle se vit ici : soyez les bienvenus, regardez comme on vit bien, tournée générale offerte par la mairie !
Pendant ce temps une partie de l’équipe hameçonne quelques personnes vers la frise des petites histoires et de la grande commune.
Les tables se déplient, les chaises s’installent, il est 21h passées. Les cabas sont ouverts, les plats se mettent à circuler, les bruits de couverts prennent temporairement le pas sur les verres : tu veux goûter ma tarte ? Ah et ce pâté c’est moi qui l’ai fait. Vous voulez des cerises ?
Julien s’impatiente et stresse un poil, ça va être à lui de jouer et de lancer le karaoké. Allez un p’tit canon d’un cru local pour se donner du courage !
Tout naturellement, la halle se vide doucement et quand la musique est lancée un groupe se rassemble et se met à chanter. Il est presque 23h, je tire ma révérence. J’apprends le lendemain que ça a chanté jusqu’à 2h30 du matin et que la sociabilité s’est poursuivie en privé dans quelques maisons du village à continuer de faire connaissance. La troupe est adoptée.
Samedi matin :
Le lendemain matin, attention il y a programme !! Un peu de sérieux, en tout cas on essaie. Un groupe se constitue pour aller vers les terrasses, les faïsses, qui ont été restaurées avec l’aide du Parc grâce à un programme de restauration en faveur des techniques de construction en pierre sèche. C’est Arnaud, mon collègue, en charge du Scot et du pôle aménagement qui animera la balade. Sauf que des gens venus de l’extérieur pour cette occasion, il n’y en a pas. La matinée se transforme alors en travail de paillage collectif pour les jeunes plants de vigne plantés tout là-haut de l’autre côté de la rivière. Ça va leur faire les mollets ! Clémence et Julien les suivent.
Pour ma part, je reste avec le groupe atelier cuisine du tiers-lieu. Des légumes et des fruits ont été commandés pour cette occasion auprès du jardin d’insertion du Chayran situé à l’entrée de Millau sur la berge droite du Tarn. Et ça s’active dans la cuisine d’été située sous la halle. On y fait équipe, par deux, par trois au son du thermomix et des fouets. Préparations pour un pique-nique végétarien offert à tous. Guillaume et Emilie en profitent pour se glisser parmi les éplucheurs et moi aussi, je me faufile et vais questionner à mon tour et au détour d’une recette de cuisine (soupe de cerises, farcettes aux herbes) ou d’un tour de main (fleurs de radis), je tends le micro et récolte des témoignages sur la vie d’ici. Quelle vitalité dans ce petit morceau de territoire situé à l’extrémité d’une communauté de communes, une régalade de camaraderie, un microcosme dans le macrocosme.
Avant de passer à table, on s’exile avec une partie de l’équipe pour parler Parc, enjeux de la charte, patrimoine, accueil de nouveaux arrivants, préservation de la ressource en eau, changement climatique, incendies… il faut aussi préparer l’animation de la soirée débat autour des films qui seront projetés. On déplie la carte de notre grand territoire : 119 communes ! On se remue les méninges, comment vivre ce qui nous est offert et problématiser en même temps pour pouvoir analyser par la suite ? C’est que nous sommes le 6ème Parc, le dernier de la série des résidences et j’ai l’impression que le protocole bien huilé par mes collègues avant, a bien du mal à être dupliqué et appliqué ici dans « ce village d’irréductibles gaulois » qui bouscule les plans et n’entre dans les cases…
On est invité à une visite background du village. Il n’y a pas de commerce dans le bourg, pas de bistrots, pas de boulangerie, pas de restaurant, mais les habitants ont de la créativité, comme les repas panier, les ateliers cuisine ou même… au fond d’un magnifique jardin : pouf une guinguette, dans le rez-de-chaussée d’une maison pouf un troquet vintage !
Samedi midi :
Alors que les travailleurs des hauteurs s’en retournent sous la halle, que les cuisines sont astiquées et que les fumets des cuissons s’élèvent, le bar réouvre ! Une nouvelle communauté se rassemble. On y retrouve des visages connus, des accolades généreuses sont distribuées, c’est reparti pour quelques heures abyssales d’échanges impétueux et gaillards ! Aujourd’hui dans un coin de table est en plus organisé une dégustation des vins par Alex, qui a plus d’une vie dans son sac, avec des grands crus d’ici et d’ailleurs. On y va du bout des lèvres s’il vous plait !
Après la ronde et le picorage dans les jolis plateaux colorés : quiches, cakes, verrines, brochettes de fruits… la température est à son maximum près de 30 degrés à l’ombre. Il est près de 15h, c’est l’heure de la sieste qui s’annonce.
Alors, je remercie tout le monde, dis aurevoir à la super équipe de Super Rural, que j’ai du mal à quitter parce que j’aurai bien continué de discourir avec eux, je me suis prise au jeu et je me suis bien familiarisée avec les habitants, mais la semaine de travail a été longue et je sors d’un vilain Covid, alors, je m’extrais avec le sourire de dessous la halle et retourne vers MA propre famille. Je laisse la place à mon directeur et à mon président pour la soirée-débat.
Il paraît qu’elle s’est bien passée et que la méthode d’animation proposée par Super Rural était bien orchestrée !
